Section Six : Liens entre la politique sociale et les épisodes de chaleur

Cette section présente une revue détaillée des publications sur les épisodes de chaleur extrême et les réactions reliées au bien-être de la société au Canada et de par le monde.

Nous commençons en 6.1 par souligner les principales menaces d'épisodes de chaleur et les populations qui y sont les plus vulnérables. En 6.2, nous étudierons certains défis sectoriels causés par la chaleur extrême. La section 6.3 décrit les réactions du Canada à ces défis jusqu'à ce jour; la section 6.4 illustre les gestes et les politiques en voie d'élaboration par la communauté internationale. Enfin, en 6.5, nous présentons un bref résumé des recommandations du Canada et des recommandations internationales de recherche supplémentaire, et nous notons les domaines de politiques qui mériteraient d'être étudiés davantage.

6.1 Les épisodes de chaleur : Principaux problèmes qui restreignent la capacité d'adaptation

Conséquence des changements climatiques, le Canada devrait constater une augmentation soutenue du nombre de jours oú la température dépasse les 30°C et l'intensité des vagues de chaleur devrait augmenter (Séguin et Clarke, 2008). Par exemple, les chercheurs considèrent que le nombre de jours oú, dans le centre-sud du Canada, il fait 30°C à 15 h pourrait doubler ou augmenter encore davantage d'ici 2050 et tripler ou quadrupler d'ici 2080; des augmentations encore plus importantes ont été prévues pour d'autres villes canadiennes d'ici 2050 (Séguin, 2008). Les vagues de chaleur sont, par définition, des périodes de chaleur anormale et inconfortable qui peuvent durer quelques jours ou quelques semaines (Séguin et Clarke, 2008); cependant, les chercheurs sont enclins à croire que des épisodes de chaleur courts ou moyens peuvent affecter la santé humaine (Koppe, Kovats, Jendritzky et al., 2003; Smoyer-Tomic, Kuln et Hudson, 2003).

Les épisodes de chaleur peuvent entraîner une augmentation :

  • du nombre de maladies et de décès;
  • de pressions sur la santé et les services d'urgence;
  • de la demande de refroidissement énergivore (p. ex., l'air climatisé) et du risque de panne d'électricité;
  • de l'inégalité sociale envers ceux qui vivent dans un immeuble mal conçu ou surpeuplé et qui disposent de moyens limités pour réduire la chaleur ou y échapper;
  • de la demande de ressources en eau limitées, ce qui entraîne une augmentation du déficit et de perturbation des écosystèmes locaux;
  • des dommages à l'infrastructure sensible à la température (Greater London Authority, 2008).

Voici un résumé des principales vulnérabilités :

Agglomérations urbaines : Les épisodes de chaleur sont associés à différents impacts sur les établissements humains, particulièrement dans les grandes agglomérations urbaines à forte densité de population qui produisent l'îlot de chaleur urbain (ICU). Grosso modo, un ICU représente l'augmentation de température dans les régions urbaines par rapport à la température des zones non urbaines avoisinantes (Koppe et al., 2003). La documentation indique que « la production de chaleur anthropique, l'écoulement de l'air et le bâti » sont les principaux facteurs qui contribuent à l'ICU et indique qu'en général, plus une ville est vaste, plus la population est dense, plus important sera l'îlot de chaleur urbain (Koppe et al., 2003). De plus, les propriétés associées aux matériaux de construction et de pavage conventionnels contribuent à augmenter le facteur d'absorption de la chaleur irradiée, ce qui entraîne des températures nocturnes estivales plus élevées, et restreint la récupération nocturne des températures diurnes élevées (Smoyer- Tomic, 2002). Dans les discussions au sujet des ICU, il faut tenir compte du fait que les villes sont touchées par différents microclimats et, dans certains cas, la différence thermique à l'intérieur des différents microclimats urbains peut être plus importante que la différence entre les climats urbains et ruraux (Koppe et al., 2003).

En plus de l'effet d'ICU constaté par tous les citadins, les problèmes sont aggravés par l'importance de la densité de la population urbaine, une population élevée de personnes à risque et les personnes qui vivent dans des habitations plus vieilles à densité élevée sans climatisation.

Conséquences sur la santé : Les gens sont particulièrement vulnérables pendant les épisodes de chaleur qui se déroulent en début de saison, étant donné qu'ils ne sont pas habitués au stress thermique, tout comme les collectivités qui vivent dans des climats normalement plus frais (Séguin, 2008). Par exemple, il peut être anormal d'observer une température de 300C à Vancouver qui affecte la santé; attendu que la même température observée à Winnipeg peut entraîner des conséquences moindres sur la santé, étant donné qu'une température estivale élevée y est plus fréquente (Smoyer-Tomic, 2002). Une concentration élevée d'ozone et de smog sont des facteurs concomitants importants pendant les épisodes de chaleur. Leurs effets principaux sur la santé humaine sont, entre autres, des dommages aigus et chroniques au système respiratoire et les conséquences négatives sur le système cardiovasculaire (Séguin, 2008). L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a présenté des preuves d'un effet interactif de températures élevées et de concentrations d'ozone sur la mortalité, un effet plus grave que le simple ajout d'un impact imprévu attribuable à chaque phénomène pris séparément (Matthies, Bickler, Cardenosa et al., 2007). L'âge, l'état de santé, les conditions socio-économiques, la nature du travail (à l'extérieur, à l'intérieur, etc.) influent tous sur la capacité des gens à endurer un épisode de chaleur (Séguin, 2008) (Remarque : L'évaluation de Santé Canada n'a permis de trouver aucune telle preuve).

Principaux groupes de population vulnérables :

  • les personnes âgées
  • les enfants
  • les personnes aux prises avec une maladie chronique, y compris :
    • les maladies cardiovasculaires et respiratoires
    • les maladies rénales
    • le diabète
    • l'obésité
    • les personnes qui consomment certains médicaments
    • les personnes qui reçoivent des soins de longue durée, surtout les personnes immunosupprimées
  • les personnes qui sont au bas de l'échelle socio-économique, surtout celles qui vivent dans une région urbaine à forte densité de population
  • les personnes qui occupent certains emplois et qui travaillent dans certaines conditions, comme dans le secteur de la santé, ou ceux qui doivent travailler à l'extérieur pendant une longue période (p. ex., les travailleurs de la construction, les travailleurs forestiers, les monteurs de ligne, la police de la route) (Matthies, Bickler, Cardenosa et al., 2007; Séguin, 2008).

Selon une définition élargie du International Journal of Epidemiology, la vulnérabilité aux épisodes de chaleur est attribuable à une combinaison de facteurs : « La vulnérabilité des personnes à la chaleur dépend de facteurs climatiques et de facteurs de risque individuels, y compris des facteurs médicaux, comportementaux et environnementaux, comme l'âge, le sexe, une pathologie préexistante, la consommation de certains médicaments, le taux d'hydratation, la solitude, le logement (le type d'immeuble, l'étage); et la présence et l'emploi de la climatisation au domicile. Nous pourrions également dire que la vulnérabilité aux vagues de chaleur est une fonction de la sensibilité, de l'exposition aux vagues de chaleur et des mesures et gestes d'adaptation mis en place pour réduire le nombre de décès » (Tan, 2008).

6.1.1 Les personnes âgées

Les aînés ont tendance à être moins endurants physiquement, financièrement, émotivement, que les personnes plus jeunes. Les médicaments que consomment habituellement les aînés peuvent exacerber les effets de la chaleur extrême (Haq, Whitelegg, Kohler, 2008; Berry, McBean, Séguin, 2008), et les dépenses de nature médicale découlant des épisodes de chaleur peuvent également avoir une conséquence économique importante sur les aînés à faible revenu (Haq, Whitelegg, Kohler, 2008). Parmi les personnes âgées fragiles (âgées d'au moins 75 ans), les femmes risquent davantage d'être touchées par un épisode de chaleur car elles sont plus susceptibles de vivre seules que les hommes (Berry et al., 2008). Un taux élevé d'isolement social fait en sorte que les aînés sont plus à risque pendant les épisodes de chaleur. Lorsqu'ils vivent seuls, les aînés peuvent ne pas recevoir de soins en situation d'épisode de chaleur et ils sont moins susceptibles de demander des soins médicaux (Tan, 2008).

En 2008, un rapport du US Climate Change Science Program and the Subcommittee on Global Change Research reconnaissait que les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la gestion des épisodes de chaleur extrême et il indiquait que les personnes en isolement social sont plus susceptibles de décéder à cause d'une chaleur extrême, tout comme les personnes qui vivent dans des quartiers dépourvus de lieux de rassemblement public ou de rues animées (Ebi, Sussman et Wilbanks, 2008).

6.1.2 Les enfants

Les nourrissons et les enfants sont plus vulnérables à cause de facteurs métaboliques particulier, d'une perception faible du danger et du manque de capacité ou de ressources pour réduire leur propre exposition à la chaleur. Les enfants de familles à faible revenu sont plus vulnérables si leur foyer n'a pas de climatisation. Santé Canada indique également que les enfants souffrent davantage du traumatisme psychologique relié aux dangers naturels parce qu'ils ne disposent pas d'une grande capacité d'adaptation; les effets peuvent comprendre la perte d'habiletés récemment développées, des problèmes d'alimentation et de sommeil, ainsi que des problèmes de comportement (Berry, McBean et Séguin, 2008).

6.1.3 Les personnes qui souffrent d'une maladie chronique

Presque toutes les maladies chroniques comportent un risque plus élevé de décès ou de maladie en contexte d'épisode de chaleur. Les troubles psychiatriques, la dépression, le diabète, les pathologies pulmonaires, cardiovasculaires et cérébrovasculaires en sont des exemples probants (Matthies, Bickler, Cardenosa et al., 2007). Les personnes qui consomment certains médicaments ou les toxicomanes sont moins capables de se thermorégler pendant une vague de chaleur (Berry et al., 2008), et toute condition qui restreint la mobilité et qui réduit la capacité de s'occuper de soi-même augmente le risque de décès ou de maladie associée à la chaleur (Matthies et al., 2007). Les hôpitaux et les cliniques peuvent être surchargés pendant une vague de chaleur et la dégradation des soins qui en découle peut entraîner un risque supplémentaire pour les patients atteints d'une maladie chronique (Berry et al., 2008). La morbidité rénale (soit le stress sur les reins et le fonctionnement réduit du système rénal) découlant de la déshydratation et de l'hyperthermie peut augmenter chez les personnes à risque, surtout chez les aînés (Hansen, Bi, Ryan et al., 2008).

6.1.4 La faiblesse du statut socio-économique

Les changements climatiques sont susceptibles d'exacerber les inégalités en matière de santé en raison d'une faiblesse du statut socio-économique et de la scolarité (Greater London Authority, 2008; Berry et al., 2008) . En général, les personnes au revenu plus élevé et dont le niveau d'éducation est le plus élevé ont un meilleur accès à l'information et aux ressources nécessaires pour résister aux épisodes de température extrême (Berry et al., 2008). Les sans-abri sont vulnérables aux températures extrêmes car ils ne sont pas protégés (Berry et al. 2008). De plus, plusieurs sans-abri vivent en isolement social et n'ont pas accès à un téléviseur, à une radio, ou à un téléphone; ils peuvent donc ignorer l'existence d'avertissements d'urgence. En 2008, un rapport du US Climate Change Science Program and the Subcommittee on Global Change Research reconnaît que les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle important pour affronter et se remettre d'un épisode de climat extrême et réfère à des études qui indiquent que les personnes qui vivent en isolement social sont plus à risque de décéder d'une chaleur extrême, tout comme les personnes vivant dans un quartier sans lieu de rassemblement et sans vie de quartier (Ebi, Sussman et Wilbanks, 2008).

6.1.5 Les quartiers densément peuplés et la criminalité

Les facteurs associés à la surpopulation peuvent réduire la capacité des personnes à surmonter la chaleur. Il peut s'agir de la crainte de sortir à l'extérieur en raison d'une hausse de la criminalité; ou encore de la mauvaise qualité de l'air à l'intérieur. Ces facteurs sont aggravés par des infrastructures déficientes (comme des infrastructures routières, d'habitation, d'aqueduc et d'eaux usées mal entretenues). Le taux de criminalité augmente puisqu'il y a davantage d'occasions de commettre un crime lorsqu'on est en situation de température élevée; les personnes qui passent plus de temps hors de la maison risquent davantage d'être victime d'un crime et les longues périodes d'absence de leur propriété augmente leur vulnérabilité au cambriolage; une fenêtre ouverte favorise la ventilation et l'évacuation de la chaleur mais constitue aussi un attrait pour un criminel (Greater London Authority, 2008).

6.1.6 Conditions de travail et productivité

Même chez les adultes en santé, un effort excessif peut entraîner la déshydratation, un épuisement attribuable à la chaleur, une insuffisance rénale, des dommages au foie, un coup de chaleur ou le décès (Séguin, 2008). Les épisodes de chaleur peuvent exacerber les différences de santé dans l'environnement de travail, surtout chez ceux qui travaillent à l'extérieur, ceux qui effectuent de gros travaux manuels ou une activité physique intense; et chez les personnes qui travaillent dans un immeuble mal ventilé ou mal thermoréglé. Les vêtements de protection, qui sont souvent obligatoires, peuvent même devenir un danger (Matthies et al., 2007; California Department of Industrial Relations, 2008). Il est démontré que les personnes qui travaillent dans un environnement de piètre qualité ont tendance à faire partie de groupes socio-économiques plus faible (Greater London Authority, 2008). La division californienne de santé et sécurité au travail (California Division of Occupational Safety & Health) indique que 84 p. 100 de toutes les maladies reliées à la chaleur sont survenues au cours de la vague de chaleur du mois de juillet de la même année (California Department of Industrial Relations, 2008).

En plus des risques pour la santé, l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des épisodes de chaleur peut avoir un effet direct sur la productivité au travail. Dans une étude faisant l'estimation de la productivité au travail dans 21 régions du globe, Kjellstrom et al., prédisent « le ralentissement du travail; qu'il se produise du fait que l'employé détermine son rythme (ce qui réduit la production) ou du fait d'une intervention des responsables de la santé professionnelle (ce qui augmente les coûts), il en résulte en définitive une réduction de la productivité (dont la définition est : la valeur de la production par rapport au coût de la main d'oeuvre) dans la plupart des régions » (Kjellstrom, Kovats, Lloyd et al., 2008). L'étude souligne le besoin d'une recherche plus approfondie qui évalue les mesures d'adaptation actuelles et potentielles (p. ex., l'isolation des immeubles industriels et commerciaux, les programmes de formation, des cycles de travail et de repos, les changements d'horaire et de méthodes, ainsi que les avancées technologiques, comme les vêtements réfrigérés) dans le contexte de la productivité au travail (Kjellstrom et al., 2008).

6.2 Principaux secteurs touchés par une chaleur extrême

6.2.1 Santé

La plupart des établissements de santé n'ont pas été conçus en fonction des épisodes de chaleur, et les changements climatiques peuvent rendre ces édifices inconfortables pour le personnel et les patients. Un rapport récent d'Australie indique que les ordinateurs des hôpitaux surchauffaient et s'arrêtaient pendant un épisode de chaleur de 1997 à Adélaïde. Parmi les autres inquiétudes, notons le fait que les hôpitaux étaient surchargés tandis que les habitants recherchaient un environnement climatisé, et la surcharge des systèmes électriques des hôpitaux en raison de la surutilisation des ventilateurs et de l'équipement électrique, ce qui représentait un risque de panne d'électricité ainsi qu'un danger d'incendie (Carthey et Chandra, 2007). La vulnérabilité aux épisodes de chaleur peut ainsi compromettre les soins des patients par moments lorsque la demande de soins peut être élevée. (N.B. Ce problème n'est peut-être pas un enjeu prioritaire au Canada en ce moment, mais permet d'illustrer l'ampleur des futurs enjeux liés à la chaleur causés par les changements climatiques.)

Le London Climate Change Adaptation Strategy Draft Report reconnaît qu'une température extrême peut nuire à ceux qui travaillent dans le domaine de la santé et des services sociaux lorsque la demande de ces services peut être élevée, par exemple :

  • si le personnel est affecté physiquement par l'épisode de chaleur ou dans le cadre de son travail en réaction à cet épisode ;
  • si le personnel doit demeurer à la maison pour s'occuper de problèmes domestiques;
  • si le personnel est incapable de se rendre au travail lorsque les systèmes de transport sont ralentis;
  • si les conditions de travail sont compromises (Greater London Authority, 2008).

6.2.2 Le secteur de l'électricité

Les épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et d'une intensité de plus en plus élevée augmenteront la pointe de la consommation d'électricité dans une grande partie du Canada (Lemmen, Waren, Lacroix, 2008). La consommation d'électricité diminue tandis que la température moyenne augmente à 18°C, environ, le seuil auquel la consommation d'électricité commence à augmenter (Chiotti et Lavender, 2008). Les effets de la pointe de la demande peuvent être graves et variés; ils peuvent contribuer aux microcoupures et aux pannes d'électricité (Bourque et Simonet, 2008; Chiotti et Lavender, 2008), la température élevée peut réduire l'efficacité des lignes de transmission (p. ex., réduire la capacité des transducteurs à dissiper la chaleur, ce qui entraîne l'expansion des lignes de transmission et des lignes lâches) (Smoyer-Tomic, 2002). De plus, lorsque la demande d'électricité produite par des centrales utilisant des combustibles fossiles augmente, les émissions de gaz à effet de serre augmentent aussi, ce qui amplifie le problème.

6.2.3 Transports

La chaleur peut nuire à l'infrastructure des transports, comme les routes, les chemins de fer, les ponts. Par exemple, lors de la vague de chaleur de janvier 2009 en Australie, des rails flambés ont forcé l'annulation des trains de banlieue (BBC News, 2009). Des étés plus chauds et des vagues de chaleur peuvent également faire en sorte que les transports en commun soient plus inconfortables et dangereux pour les populations vulnérables; les personnes à faible revenu sont plus susceptibles de se servir des transports publics et sont plus vulnérables à la surchauffe des systèmes de transport en commun et à une interruption du service (Greater London Authority, 2008).

6.2.4 L'agriculture et le bétail

L'augmentation de la température, associée aux épisodes de chaleur, coïncide souvent avec les périodes sèches ou les sécheresses en région rurale, ce qui nuit aux récoltes et au bétail (Smoyer- Tomic, 2002). Les plantes non acclimatées exposées à des températures extrêmement élevées (plus de 40°C) peuvent flétrir ou mourir, et un réchauffement et un assèchement extrêmes peuvent entraîner un sol défavorable comme ça s'est produit au Canada à l'été 1999 (Smoyer- Tomic, 2002). Un rapport récent, Historical Warnings of Future Food Insecurity with Unprecedented Seasonal Heat, fait mention d'une réduction de la production alimentaire en raison de mauvaises récoltes lors de la vague de chaleur de 2003 en Europe; il indique que « malgré la perception générale selon laquelle l'agriculture à des latitudes tempérées profitera de l'augmentation de la chaleur saisonnière et assurera l'alimentation de régions déficitaires, même les récoltes à une latitude moyenne souffriront vraisemblablement de températures très élevées en absence d'adaptation » (Battisti et Naylor, 2009). Comme l'indique le rapport, « des températures records pendant le jour et la nuit pendant la plus grande partie de la saison de croissance réduisent le développement des feuilles et des graines des principales récoltes, comme le maïs, les arbres fruitiers et les vignobles, accélèrent le mûrissement des récoltes de 10 à 20 jours; causent un stress chez le bétail et entraînent une réduction de l'humidité du sol ainsi qu'une augmentation de la consommation d'eau en agriculture » (Battisti et Naylor, 2009). Une chaleur extrême entraîne, chez le bétail, des problèmes de reproduction, d'alimentation et de lactation, voire la mort, dans certains cas (Smoyer-Tomic, 2002).

6.3 Adaptation canadienne aux épisodes de chaleur extrême : Principales politiques et réponses à ce jour

Certaines politiques ont été proposées ou mises en oeuvre au Canada pour régler la question des épisodes de chaleur extrême.

6.3.1 Politiques et programmes fédéraux et provinciaux

En 2007, Santé Canada a lancé Building Heat Resilient Individuals and Communities in Canada, un projet de collaboration pluriannuel pour réduire les risques pour la santé de certains groupes de Canadiens. Santé Canada, ainsi que ses partenaires provinciaux et municipaux, élaborent des lignes directrices en matière de systèmes de chauffage et de réaction sur la meilleure façon d'anticiper et de conseiller les patients et clients, de reconnaître, diagnostiquer et traiter les précipitations extrêmes, les tendances de réchauffement accéléré, conséquence des épisodes de chaleur extrême, et élaborent également des directives à l'endroit des travailleurs de la santé concernant les épisodes de température extrême (Séguin, 2008).

Un Cadre national d'adaptation aux changements climatiques propose des éléments qui peuvent donner lieu à une collaboration intergouvernementale pour augmenter la capacité du Canada à s'adapter aux impacts des changements climatiques, pour reconnaître et atténuer les risques, ainsi que pour répertorier les occasions et en profiter (Séguin). Santé Canada rapporte que « la création de l'Agence de la santé publique du Canada (PHAC), le Cadre national de gestion des interventions d'urgence et le cadre d'action en cas de situations d'urgence sanitaire a amélioré la capacité d'adaptation en fournissant des structures de coordination nécessaires pour faciliter la planification en situation d'urgence et la réaction, au sein et à l'extérieur du gouvernement » (Séguin, 2008).

Plusieurs provinces et territoires élaborent des plans d'action climatique qui comprennent des mesures d'adaptation pour les épisodes de chaleur extrême, tandis que plusieurs provinces, territoires et villes, ont publié des programmes et stratégies en matière d'adaptation :

  • Le programme du Québec comprend l'instauration d'un système d'avertissement de chaleur intense et de surveillance, en temps réel, des problèmes de santé dans l'ensemble des régions du Québec qui sont susceptibles d'être touchées; il permet de soutenir la gestion de la santé dans l'analyse des besoins de ventilation, de climatisation et de déshumidification des institutions de santé, en tenant compte des changements climatiques, du soutien financier à la création d'îlots de fraîcheur dans les communautés urbaines et du refroidissement des infrastructures stratégiques (Séguin).

  • Les règlements d'agrément des garderies de C.-B. exigent, dans leurs dispositions, que les établissements maintiennent une température confortable. À notre connaissance, aucune autre province s'est dotée de telles dispositions (Gouvernement de la Colombie- Britannique, 2001; Séguin, 2008; gouvernement de la Saskatchewan, 2001; gouvernement de l'Alberta, 2008a; 2000; gouvernement du Manitoba, 1999; 1986; gouvernement du Québec, 2006; gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, 2005; gouvernement de la Nouvelle-Écosse, 2007; gouvernement du Nouveau-Brunswick, 1983; gouvernement de l'Île-du Prince-Édouard, 2004).

  • Même si la plupart des provinces se sont dotées de mesures de protection des travailleurs contre la chaleur extrême reliée à certains emplois, comme le soudage et la prospection minière, elles n'ont pas toutes adopté des mesures pour protéger les ouvriers vulnérables pendant les vagues de chaleur extrême. La C.-B, la Saskatchewan, le Québec, le Nouveau Brunswick et l'Î.-P.-É. ont prévu des mesures dans leur réglementation en matière de santé et sécurité au travail qui protègent les ouvriers contre le stress dû à la chaleur, selon les valeurs limites de la American Conference of Governmental Industrial Hygienists (Séguin, 2008; gouvernement de la Colombie-Britannique, 2009b; gouvernement du Nouveau- Brunswick, 1991; gouvernement de l'Île-du Prince-Édouard, 1987; gouvernement de la Saskatchewan, 1996).

6.3.2 Recherche

Depuis 2002, la Clean Air Partnership (CAP) gère un programme continu de recherche sur les ICU, qui comprend l'initiative Cool Toronto (Berry, McBean, Séguin, 2008). CAP s'est également associée avec le Centre canadien de télédétection pour un projet de recherche sur plusieurs années (Mersereau et Penney, 2008) pour évaluer le microclimat associé à différentes utilisations du territoire et à différents types de bâtiment (Berry et al., 2008). Le réseau Environmental Prediction in Canadian Cities (EPiCC) entreprend des projets de recherche sur l'effet d'ICU propre à Vancouver et à Montréal (Berry et al., 2008). De plus, Ouranos, un consortium de recherche sur la climatologie régionale et l'adaptation au changement climatique, effectue des projets de recherche sur les vagues de chaleur et les îlots de chaleur urbains. Reconnu comme un leader au Canada pour sa recherche sur le changement climatique, ses projets continus comprennent la détermination de secteurs vulnérables à la chaleur intense dans les régions métropolitaines du Canada (Séguin, 2008).

Le Centre national de collaboration de l'hygiène du milieu (CNCHM), situé au BC Centre for Disease Control (BCCDC) de Vancouver, a été créé par l'Agence de santé publique du Canada et effectue des recherches continues, y compris des études sur la santé et les épisodes de chaleur (par exemple, l'équipe d'étude sur l'intervention de la Santé publique pendant les épisodes de chaleur du CCNSE (Health Heat Episode Public Health Intervention Review Team) a rédigé un rapport intitulé What is the Evidence on Applicability and Effectiveness of Public Health Interventions in Reducing Morbidity and Mortality during Heat Episodes?) (Bassil, Cole, Smoyer-Tomic et al., 2007; Battisti et Naylor, 2009). Le Wellesley Institute de Toronto effectue également des recherches sur le sujet et il a produit plusieurs recommandations de politiques (p. ex., Killer Heat, Killer Smog: Six recommendations to build on the report from the Medical Officer of health on short, medium and long-term strategies to deal with urban heat and smog report) (Shapcott, 2006). Le Climate and Health Research Program (CHRP), qui est hébergé au département des sciences de la terre et des sciences atmosphériques de l'Université de l'Alberta, est une initiative de recherche qui étudie la relation entre le climat et la santé humaine. Parmi les projets affiliés au CHRP, notons une analyse de la mortalité reliée à la température dans le corridor Toronto-Windsor et une analyse interurbaine des facteurs de risque de l'hébergement et de la population par rapport aux décès reliés à la chaleur dans des villes du littoral Est des États- Unis (Smoyer-Tomic, 2002). Les chercheurs du Centre R. Samuel McLaughlin d'évaluation du risque sur la santé des populations de l'Université d'Ottawa et le département des sciences de la santé publique de l'Université de Toronto ainsi que le Centre pour l'environnement de l'Université de Toronto dirigent également des projets et collaborent avec des unités de santé publique pour étudier les conséquences des épisodes de chaleur (Centre for Environment, 2007; R. Samuel McLaughlin Centre for Population Health Risk Assessment, 2008).

6.3.3 Systèmes d'alerte de chaleur et plans de réaction aux températures élevées

Les systèmes d'alerte de chaleur anticipent les conditions climatiques susceptibles d'affecter la santé humaine et sont souvent employés en conjonction avec des plans de réaction aux températures élevées qui comprennent des stratégies d'intervention visant les populations vulnérables (Mersereau et Penney, 2008). La section qui suit offre un aperçu des systèmes d'alerte de chaleur et des plans de réaction aux températures élevées au Canada. Pour obtenir des rapports plus détaillés et une analyse propre aux systèmes d'alerte de chaleur (p. ex., l'indice Humidex, le thermomètre-globe mouillé, les systèmes synoptiques) au Canada, consulter la documentation du PAC et de Santé Canada.

Plusieurs villes et municipalités du Canada, principalement limitées à l'Ontario et au Québec, ont mis en oeuvre un système d'alerte et élaboré un plan de réaction prévoyant des interventions pour protéger les populations vulnérables contre les risques sanitaires associés à la chaleur extrême (Séguin et Clarke, 2008). La mise en oeuvre de systèmes de réaction au Canada a été influencée par les décès dus à la chaleur aux États-Unis et en Europe, ainsi que par les récentes preuves que les systèmes d'alerte de chaleur, combinés aux stratégies d'intervention, peuvent sauver des vies et prévenir les maladies reliées à la chaleur. La sensibilisation aux problèmes se poursuit auprès des décideurs en santé publique au Canada tandis qu'ils étudient les décès reliés à la température dans certaines administrations et qu'ils recensent les populations vulnérables à la lumière des projections de climat (Séguin, 2008).

Systèmes d'alerte de chaleur : Les systèmes d'alerte de chaleur, qui sont également appelés systèmes d'avertissement de veille de chaleur et de santé, fixent des seuils d'action sur les épisodes de chaleur (Mersereau et Penney, 2008). Montréal (et la France) disposent d'un système qui tient compte des caractéristiques régionales, déclenchent des alertes lorsque des températures-seuils sont prévues (Mersereau et Penney). Des systèmes d'alerte de chaleur ont été conçus pour neuf villes du Québec de plus de 100 000 habitants (Séguin, 2008). Toronto se sert du « système de classement synoptique spatiale, » tout comme un nombre croissant de villes et de municipalités de par le monde (Mersereau et Penney). Selon la documentation de la CAP, les systèmes synoptiques spatiaux sont des systèmes de mesure adaptés à chaque zone urbaine. Ils reposent sur la météorologie particulière (p. ex., le type de masse d'air, le point de rosée, le couvert nuageux, la vitesse et la direction des vents), la structure urbaine et la démographie, tout en tenant compte de l'impact négatif de plusieurs jours consécutifs de climat accablant, ainsi que le fait que les épisodes de chaleur qui surviennent tôt en saison sont plus dangereux que ceux qui surviennent en fin d'été (Mersereau et Penney). Des plans d'alerte à la chaleur calqués sur le système de Toronto sont élaborés pour la région de Peel, alors que les villes de Waterloo, Halton, Kingston et Ottawa ont mis en oeuvre des systèmes d'avis calqués sur l'indice Humidex; les deux dernières municipalités incorporent également la qualité de l'air dans leurs avis (Chiotti et Lavender, 2008).

Si les systèmes de classification synoptique spatiale sont plus difficiles à mettre en oeuvre dans de petites municipalités, l'indice Humidex ne tient compte que de la température et de l'humidité; il repose sur les niveaux relatifs d'inconfort chez l'humain, avec comme résultat que les seuils de chaleur ne sont pas adaptés à un groupe donné. L'indice Humidex présume cependant que la température a le même effet sur chaque personne, peu importe la saison, le lieu géographique ou la durée de l'épisode de chaleur (Mersereau, 2007). Le système n'est pas idéal. La température et l'humidité seules ne tiennent pas compte d'autres facteurs (comme la vélocité de l'air et la charge radiante solaire) dont il faut tenir compte pour mesurer adéquatement la chaleur.

Il est possible également de se servir de l'avertissement-seuil de l'indice de température du thermomètre mouillé, qui a cours au Canada pour mesurer la vulnérabilité à la chaleur dans le cadre du travail (Le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail, 2008).

Plans d'intervention en situation de température élevée : Une lecture détaillée du CAP a permis de découvrir que les plans d'intervention consistent habituellement en au moins un des éléments suivants :

  • Des processus visant à aviser le personnel municipal, les organismes communautaires et la population d'un événement de chaleur extrême;
  • Des processus visant à informer la population et les organismes qui oeuvrent auprès de groupes à risque des risques pour la santé associés à la chaleur extrême et à leur transmettre des renseignements sur la sécurité relative à la chaleur;
  • Des processus permettant d'effectuer des activités d'intervention de santé publique qui comprennent habituellement l'ouverture de centres de rafraîchissement et la prolongation des heures d'ouverture des établissements municipaux (Mersereau, 2007).

Toronto : Le plan d'intervention en situation de température élevée de Toronto a été cité en exemple comme un des plans d'intervention en situation de température élevée les plus efficaces au monde. Le plan mobilise plus de 800 organismes partenaires et souligne des aspects stratégiques, les communications et la procédure d'avertissement ainsi que les rôles et responsabilités des services, agences et organismes municipaux (Chiotti et Lavender, 2008). La ville de Toronto a également préparé des dépliants (How to Beat the Heat; Hot Weather Plan for Landlords; Child and Car Safety in Hot Weather; Fan Facts; Heat, Drugs, and Alcohol; Help Pets Beat the Heat; Medications and Heat–Related Illness; and Outdoor Exercise During Heat and Smog Alerts) à l'intention du grand public ainsi que des groupes visés (Mersereau, 2007). Toronto évalue et met à jour ce plan de façon régulière et elle a mis en oeuvre des interventions ciblées conçues pour aider les groupes vulnérables à traverser l'épreuve (p. ex., des inspecteurs en santé publique sont dépêchés dans les foyers et maisons de chambres pour surveiller la température intérieure et pour encourager leurs gestionnaires à offrir des aires communes climatisées) (Mersereau et Penney, 2008). Tout en reconnaissant que plusieurs groupes vulnérables n'ont pas accès à la télévision, à la radio ou au téléphone et qu'ils sont par conséquent susceptibles d'ignorer les avertissements de chaleur, la Santé publique de Toronto a entrepris une campagne de sensibilisation ciblée à l'échelle de la ville auprès des propriétaires et des locataires concernant les risques pour la santé que pose le stress par la chaleur, surtout pour les personnes qui consomment des médicaments utilisés en psychiatrie et d'autres médicaments (Chiotti et Lavender, 2008). Les publications récentes indiquent également que la Santé publique de Toronto s'oriente vers des centres communautaires de rafraîchissement communautaire en espérant de mieux desservir les populations à risque, et l'unité de santé envisage également de recourir à deux véhicules d'eau potable pour viser les zones à risque de

Normes de qualité de l'air, alertes et la cote air-santé : En 2000, les gouvernements du Canada, des provinces et des territoires, sauf le Québec, ont convenu de normes pancanadiennes en matière de particules en suspension et d'ozone (Séguin, 2008). Dans la région de Waterloo, lorsque des températures chaudes et une mauvaise qualité de l'air sont combinées, la Santé publique émet une alerte combinée à la communauté. Dans Middlesex-London, les messages de la santé publique comprennent toujours des renseignements sur le smog, la chaleur et un indice UV élevé (Mersereau et Penney, 2008). L'Ontario s'est dotée d'une loi sur le plan de lutte contre la pollution atmosphérique et a mis en oeuvre des initiatives visant à réduire les niveaux de pollution atmosphérique (Séguin, 2008).

En 2007, Environnement Canada et Santé Canada ont fait l'essai d'une nouvelle cote air santé (CAS) dans différents endroits au Canada (Mersereau, 2007), qui transmet des messages sur la santé à l'intention des populations à risque élevé ainsi qu'au grand public. Le gouvernement fédéral a entrepris des efforts de marketing social, notamment en communiquant la CAS au grand public par l'entremise de différents médias et en élaborant une trousse pour les professionnels de la santé, trousse précisant les conséquences de la pollution atmosphérique sur la santé, des renseignements sur la façon d'interpréter et expliquer la CAS aux patients, et les gestes à poser pour réduire la vulnérabilité à la pollution atmosphérique. La C.-B., première province à mettre en oeuvre la CAS, élabore des programmes communautaires pour les médecins et le grand public pour accompagner les données produites et publiées par le gouvernement fédéral.

BC Transit, le ministère de l'Environnement de Colombie-Britannique et Environnement Canada se sont associés pour former le BC Clean Air Day Committee, qui a été organisé sous la forme d'une trousse de l'air pur en ligne pour aider les administrations locales à créer des programmes de réduction des émissions. La trousse de l'air pur comprend des trucs visant à obtenir le financement de programmes sur la qualité de l'air, des ressources sur la planification du transport en commun, et des exemples d'initiatives locales et de règlements municipaux qui visent à réduire les émissions (BC Transit, 2009).

Refroidissement passif : Les observateurs ont remarqué que plusieurs mesures destinées d'abord à réduire la consommation d'énergie et à atténuer d'autres épisodes de changement climatique extrême (comme des inondations) atténuent l'effet d'ICU et offrent des abris frais pendant les épisodes de chaleur extrême (Séguin, 2008). Voici quelques exemples : planter des arbres d'ombrage, installer des toits réfléchissants, effectuer une planification optimale des routes et des immeubles, et effectuer une reforestation urbaine (Séguin, 2008). Parmi les autres adaptations mises en place dans plusieurs villes canadiennes, notons l'installation de systèmes de toiture verte et de toitures à albédo élevé qui réduisent l'absorption d'énergie solaire ainsi qu'une utilisation et une disponibilité accrues des transports publics.

Le Québec s'est doté d'amendes normalisées pour l'abattage d'arbres, et plusieurs municipalités (p. ex., Québec, Gatineau, Montréal, Laval, Saint-Eustache) augmentent le nombre d'arbres le long des rues, améliorent l'entretien des arbres et rendent le remplacement des arbres obligatoire (Séguin, 2008). En 2006, le conseil municipal de Toronto a adopté une stratégie de toit vert qui comprend un programme pilote et des incitatifs pour les propriétaires terriens visant l'installation de toits verts; plus récemment, la ville a créé un programme incitatif, « Eco-Roof, » pour les immeubles institutionnels, commerciaux et industriels (ICI). Le programme ICI rapportera des dividendes de 50 $ par mètre carré de toit vert, de 2 $ à 5 $ par mètre carré de toit refroidissant (des toits qui réfléchissent l'énergie thermique du soleil) (ville de Toronto, 2008). Les politiques en matière de toit vert complètent la norme de développement vert de Toronto, qui est constituée d'une série de cibles de rendement qui encouragent le développement durable des terrains et des établissements et qui contiennent des cibles et des stratégies de réduction de la chaleur urbaine, comme l'amélioration des forêts urbaines, l'augmentation des surfaces perméables, et l'efficacité énergétique (Mersereau et Penney, 2008).

Autres actions à moyen et à long terme : Les organismes bénévoles et caritatifs jouent un rôle important dans la sensibilisation et dans l'intervention en situation d'épisodes de chaleur. Tel que le souligne Santé Canada, « une collaboration nationale de la Croix rouge canadienne, de l'Armée du Salut, de l'Ambulance St-Jean et d'autres organismes de premier plan a permis d'élaborer un cadre du secteur bénévole pour les urgences sanitaires et un modèle permettant de se doter de bénévoles occasionnels et de les conserver. » (Séguin, 2008) Un autre exemple provient des ressources développées par l'Institut canadien de la santé infantile (ICSI). L'ICSI a publié des dépliants pour les parents et pour les parents-substituts (p. ex., Changement d'habitudes, changement climatique : analyse de base et Les changements climatiques et la santé de votre enfant), qui fournissent des renseignements sur les effets du changement climatique sur la santé des enfants et les moyens de protéger les enfants contre les conséquences du changement climatique (Institut canadien de la santé infantile, 2008).

6.4 Exemples choisis d'interventions internationales

Une vérification des interventions en situation d'épisodes de température extrême révèle que les villes, municipalités et nations élaborent des stratégies à court et à long terme pour l'adaptation à des épisodes de température extrême plus fréquents. La section suivante offre un aperçu des mesures d'adaptation à court et à long terme qui ont été adoptées ou qui sont envisagées à l'international, en mettant l'accent sur les mesures visant les groupes et secteurs vulnérables.

6.4.1 Systèmes d'alerte à la chaleur et plans d'intervention aux températures chaudes

Plusieurs pays ont élaboré des systèmes d'alerte à la chaleur ainsi que des plans d'intervention en situation aux températures chaudes correspondants (que l'on appelle également les « plans d'action chaleur-santé » ou les « plans d'intervention face aux vagues de chaleur »). L'Australie élabore actuellement un plan national et plusieurs pays d'Europe, soit la Belgique, le Danemark, l'Angleterre, la France, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne et la Suisse, se sont dotés d'un plan national dans la foulée des épisodes de chaleur dévastateurs de 2003 (Commission européenne, 2007b; Research Institute for Climate Change and Sustainability, 2009) . À Londres, le maire a intégré les politiques d'intervention contre la chaleur à la Stratégie d'adaptation au changement climatique de Londres; en Australie, le Queensland gère les vagues de chaleur à l'aide d'un plan d'adaptation et le plan d'intervention du Queensland Ambulance Service (QAS) (Greater London Authority, 2008; State of Queensland, 2007). Plusieurs plans d'intervention (p. ex., la France, l'Espagne et l'Angleterre) prévoient également des systèmes d'alerte qui mettent en oeuvre un « niveau de mobilisation maximale » ou un « niveau d'urgence » si les conséquences d'un épisode de chaleur (p. ex., une panne de courant, une sécheresse, des problèmes de gestion dans les centres funéraires et une forte pollution atmosphérique) submergent le secteur de la santé (Greater London Authority, 2008; Fouillet, Rey, Wagner et al., 2007; Matthies, Bickler, Cardenosa et al., 2007). Le service météorologique de l'Allemagne a créé un outil en ligne de soutien à la décision qui offre des prévisions à moyen terme critiques de la température et qui complète les systèmes nationaux d'alerte de chaleur, ce qui peut permettre aux services de santé de recueillir les données météorologiques jusqu'à dix jours avant un épisode de chaleur, et donc de mieux planifier et de mieux intervenir (Commission européenne, 2007b).

Aux États-Unis, le système d'avertissement de chaleur synoptique a servi d'exemple motivant pour plusieurs villes de par le monde, dont Toronto et Shanghai (Sheridan, 2006). La Environmental Protection Agency des États-Unis a créé un Excessive Heat épisodes Guidebook en collaboration avec la NOAA, le Centre for Disease Control and Prevention (CDCP), et le US Department of Homeland Security (DSH), pour renseigner les élus municipaux (US EPA, 2009).

6.4.2 Interventions ciblées et outils d'aide à la prise de décision

Si la recherche indique que les plans d'intervention contre la chaleur sauvent des vies, il n'est pas certain que les plans d'intervention rejoignent les groupes les plus vulnérables, particulièrement les aînés, les personnes en isolement social et les sans-abri. Les approches d'information passive comme les brochures et dépliants s'avèrent généralement insuffisantes et les pays élaborent et évaluent des approches plus actives, comme des jumelages, des visites à domicile et des appels quotidiens (Bassil, Cole, Smoyer-Tomic et al., 2007). Un projet nommé « Assessment and prevention of acute health effects of weather conditions in Europe » (PHEWE) 1 (Évaluation et prévention des effets aigus des conditions climatiques sur la santé en Europe) étudie la relation entre la température et la mortalité dans seize villes d'Europe et présente ses résultats dans le cadre de congrès et d'articles de journal dans le International Journal of Epidemiology. À l'aide de la recherche tirée d'une initiative de l'UE, Projet EuroHEAT 2, l'OMS a recensé plusieurs plans d'intervention qui comprennent des outils novateurs d'intervention et de soutien à la prise de décision ciblant les populations vulnérables. Nous soulignons ci-dessous certaines des approches les plus intéressantes tirées de l'OMS, PHEWE et le projet EuroHEAT ainsi que de la documentation parallèle (p. ex., les plans d'adaptation et le site Web des ministères de la Santé) :

  • En Italie, le ministère de la Santé épidémiologique et les autorités sanitaires locales identifient les sous-groupes vulnérables à l'aide de systèmes de surveillance qui tiennent compte des facteurs de risque comme les caractéristiques socio-démographiques et l'état de santé (Matthies et al., 2007).

  • La France s'est dotée d'un système de surveillance en temps réel des données de santé, de recensement municipal des personnes isolées et vulnérables, de visites au besoin, de climatisation des hôpitaux et des foyers de personnes âgées, et de plans d'urgence pour ces derniers (Tan, 2008).

  • En Catalogne (Espagne), les dirigeants municipaux se servent d'un logiciel pour préparer un recensement des groupes à risque pendant une vague de chaleur, pour recenser les centres de rafraîchissement, et pour planifier le transport des personnes qui font partie des groupes à risque vers ces centres (Matthies et al., 2007).

  • Le plan national en matière de vague de chaleur de l'Angleterre est complété par des renseignements à l'intention des professionnels de la santé et de la garde d'enfants. Le plan comprend un guide qui offre des conseils sur les soins des personnes les plus à risque pendant une vague de chaleur, et sur l'organisation de la prestation, y compris les travailleurs sociaux et les soignants à domicile (site Web du Ministère de la Santé du Royaume-Uni, 2008.). Un autre document conseille les enseignants, les infirmières scolaires, les parents, les assistants, et tous ceux qui surveillent les enfants dans les écoles, infirmeries et garderies (Ministère de la Santé du Royaume-Uni, 2008).
    • Le plan d'urgence de l'Angleterre en situation de vague de chaleur, qui a été mis à jour récemment, demande aux foyers et aux maisons de soins d'aménager des « pièces de rafraîchissement » qui peuvent conserver une température ambiante de moins de 26°C (Ministère de la Santé du Royaume-Uni, 2008).

  • Le plan d'intervention global contre la chaleur de Philadelphie fait appel à plus de 6 000 groupes et bénévoles qui sont recensés avant le début de l'été et qui disposent de renseignements sur les signes d'avertissement de stress thermique, sur la détermination des personnes les plus vulnérables et sur les recommandations de traitement selon la gravité (Sheridan, 2006).
    • Un de ces groupes, Philadelphia Corporation for Aging, sensibilise la population à la chaleur par des séances d'information et de formation du personnel dans les centres pour personnes âgées (Sheridan, 2006). Lors d'une vague de chaleur, d'autres mesures peuvent être prises, en avisant directement les maisons de soins infirmiers, en assurant la continuité des services (comme les services publics), en se rendant auprès des sans-abri, en augmentant le personnel des services médicaux d'urgence, en gardant les centres pour personnes âgées ouverts, en préparant le personnel du ministère de la Santé aux entrevues avec les médias, en mettant sur pied et en annonçant une ligne d'urgence (gérée par Philadelphia Corporation for the Aging), en se rendant dans les foyers lors des situations extrêmes et en ouvrant des abris climatisés pour ceux que le ministère de la Santé publique estime nécessaire de déménager (Sheridan, 2006).

L'intégration d'évaluations de haute qualité aux interventions en situation de chaleur est reconnue comme un élément essentiel afin de déterminer les mesures permettant de réduire la mortalité trop élevée, pour qui, et dans quel contexte (Matthies et al., 2007). En 2006, le ministère britannique de la Santé a demandé à l'Agence de protection de la santé d'entreprendre une évaluation du plan national contre les vagues de chaleur d'Angleterre afin d'obtenir un aperçu rapide de la mortalité et de la morbidité pendant la période au cours de laquelle le plan était en vigueur (un épisode de chaleur de 2006 qui a entraîné une alerte), et pour évaluer :

  • Le niveau de mise en oeuvre du plan dans l'ensemble des organismes de santé et de soins sociaux d'Angleterre;
  • L'efficacité du plan d'intervention en situation de vague de chaleur;
  • Les ressources de surveillance et d'information, et les besoins possibles (Matthies et al., 2007).

L'évaluation comportait trois aspects : une étude épidémiologique, y compris des données de généraliste; des sondages d'évaluation, et un séminaire regroupant plusieurs organismes qui participent au plan d'intervention en cas de vague de chaleur et les principaux experts. Elle a permis d'élaborer un rapport qui comportait certaines recommandations, comme le besoin d'effectuer d'autres études épidémiologiques sur les vagues de chaleur et sur leurs effets, ainsi que d'effectuer des recherches pour déterminer les moyens les plus appropriés d'évaluer les interventions (Matthies et al., 2007).

L'Espagne met à jour son plan d'intervention chaque année en fonction des données provenant d'évaluations continues qui comprennent des études épidémiologiques (données de mortalité et de morbidité), de l'analyse de la distribution du matériel d'information, de l'évaluation des actions élaborées dans les centres de soins de santé primaires et en collaboration avec les centres de soins de santé sociale, de l'analyse des actions mises en oeuvre par Sanitation Response (ligne téléphonique d'information sur la chaleur), et de l'évaluation des actions du ministère des actions sociales et civiques (Matthies et al., 2007).

En Californie, des mesures d'adaptation pour les personnes qui travaillent à l'extérieur sont mises en oeuvre pour prévenir les maladies et les décès associés aux épisodes de chaleur. La Heat Illness Prevention Standard (Titre 8, California Code of Regulations, Article 3395), adoptée en 2005, exige que tout employeur gérant des lieux de travail extérieur prenne des dispositions pour éviter les maladies reliées à la chaleur (p. ex., formation de tous les employés et superviseurs sur la prévention des maladies liées à la chaleur; approvisionnement prédéterminé en eau fraîche; accès à l'ombre pendant au moins cinq minutes de repos lorsqu'un employé est d'avis qu'il a besoin d'une période de repos préventive; et rédaction de procédures visant à assurer le respect des normes) (Division of Occupational Safety and Health, 2008). La norme a été créée à la suite d'une augmentation d'incidents possiblement reliés à la chaleur rapportés à la Division of Occupational Safety and Health à partir de juillet 2005, et compte tenu qu'il n'y avait aucune norme d'emploi fédérale aux États-Unis traitant expressément et complètement de la prévention des maladies reliées à la chaleur (California Department of Industrial Relations, 2008). La Division de la santé et de la sécurité au travail de la Californie (Cal/OSHA) offre également des dépliants de sensibilisation (p. ex., Heat Hazards in Agriculture - A guide for employers to carry out tailgate training for workers), des séminaires de formation en prévention des maladies reliées à la chaleur, et un outil en ligne de prévention des maladies reliées à la chaleur qui fournirait des renseignements sur les bases de la prévention et du traitement des maladies reliées à la chaleur, ainsi que des renseignements détaillés sur des meilleures pratiques efficaces (Division of Occupational Safety and Health, 2008; California Department of Industrial Relations, 2008).

Systèmes géospatial de soutien à la prise de décisions : Il pourrait être utile pour les travailleurs en soins de santé de mieux comprendre la distribution des lieux et populations vulnérables pour distribuer les ressources visées de façon plus efficace. La CAP a émis en 2008 un rapport expliquant la capacité à se servir d'un système géospatial de soutien à la prise de décisions (GDSS) pour aider les décideurs du gouvernement à aborder les problèmes de chaleur dans la région du Grand Toronto (RGT); ce rapport laissait entendre qu'un outil GDSS se servant d'une technologie de cartographie par système d'information géographique (SIG) pourrait aider les municipalités et les urbanistes à :

  • Évaluer la vulnérabilité à la chaleur des populations et des lieux de la RGT;
  • Étudier la relation entre les « points chauds » (les lieux oú la température est constamment plus élevée) et d'autres variables;
  • Élaborer des documents de communication en matière de chaleur pour différents publics (Mersereau et Penney, 2008).

Des municipalités comme Phoenix, Arizona, Montréal (Canada) et Londres (Angleterre) se servent de la technologie SIG pour élaborer des évaluations des épisodes de chaleur. En 2007, l'Environmental Protection Agency des États-Unis a financé un projet pilote de SIG à Philadelphie pour déterminer la vulnérabilité à la chaleur par quartier en superposant les données du recensement national et des données d'imagerie satellitaires, les taux de mortalité et les données provenant des appels de répartition des services d'urgence (Mersereau et Penney, 2008).

L'Institut de Potsdam (Allemagne) pour la recherche sur l'impact du climat (PIK) se sert de la technologie SIG pour élaborer des études sur les impacts des épisodes de chaleur sur la production agricole. En 2007, un rapport intitulé Correlation Analysis of Climate Variables and Wheat Yield Data on Various Aggregation Levels in Germany and the EU-15 Using GIS and Statistical Methods, with a Focus on Heat Wave Years s'est penché sur l'influence du climat sur la variation de la production annuelle de blé, en particulier en ce qui a trait au changement climatique causé par l'homme et aux épisodes de chaleur de plus en plus intenses et fréquents en Europe. L'étude se sert des méthodes géostatistiques et du SIG pour analyser la variation spatiale et temporelle du blé en Europe (Potsdam Institute for Climate Impact Research, 2008).

6.4.3 Refroidissement passif, codes du bâtiment et politiques en matière d'environnement bâti

Plusieurs pays et villes adoptent des plans d'intervention à long terme aux épisodes de chaleur, comme des règlements sur le bâtiment et des règlements d'urbanisme qui traitent de la conception des immeubles et de l'usage de l'énergie. Ces plans aident les villes à s'adapter et exercent une fonction d'atténuation synergique. Par exemple, dans le but de réduire l'effet d'ICU, des édifices de plusieurs villes d'Europe et du Japon se sont dotés de politiques de toit vert. Citons, comme exemples de lois particulières, la Suisse, qui exige que les bâtiments de plus de quatre étages se dotent d'un jardin sur le toit ; la ville allemande de Stuttgart, oú un règlement municipal exige l'installation d'un toit vert sur tout édifice industriel à toit plat; et la ville allemande de Mannheim, qui a adopté un règlement qui exige que les promoteurs installent un toit vert sur la plupart des édifices neufs et rénovés dans le centre de la ville (Johnson, 2002). Au Japon, l'administration métropolitaine de Tokyo (TMG) exige que tout nouveau projet de construction au-delà d'une certaine taille soit pourvu d'un toit et de murs verts (Green Roofs for Healthy Cities, 2009). La Californie s'est dotée de lois qui exigent que les propriétaires d'immeubles se servent de matériaux blancs ou de couleurs froides dans la construction des toits, un rapport récent du Lawrence Berkeley National Laboratory Heat Island Group estime que la réfection d'une surface de 100 m2 d'un toit avec des matériaux blancs peut apporter des effets atténuants supplémentaires en compensant 10 tonnes d'émissions de CO2 (Lawrence Berkley National Laboratory, 2008).

Le plan de l'Angleterre contre les vagues de chaleurs préconise que les ministères, les autorités locales et les autorités de la santé publique favorisent le verdoiement de l'environnement bâti et l'installation de dispositifs d'ombrage et d'isolation des édifices, en accordant la priorité aux établissements hospitaliers, aux maisons de santé et aux lieux d'isolement social oú les espaces verts sont rares ou inexistants (Greater London Authority, 2008). La région de Londres de la Commission de foresterie s'est dotée d'un cadre spatial en matière de sylviculture qui prévoit un outil en ligne pour répartir les ressources, le reboisement et l'amélioration de la gestion sylvicole dans la région de Londres oú ils profiteront le plus aux collectivités désavantagées (England Forestry Commission, 2008). Dans le cadre de son projet « 10-Year Project for Green Tokyo, » (Projet décennal pour Tokyo vert), la ville met en oeuvre des programmes comme « Umi-no- Mori, » forêt marine, qui est composé d'environ 480 000 arbres plantés dans une décharge (Hasegawa, 2008). De plus, Tokyo a lancé un programme de pavage qui bloque la chaleur par rayonnement solaire et qui retient l'eau pour le centre-ville afin de réduire le phénomène d'ICU (Hasegawa). Le Lawrence Berkeley National Laboratory Heat Island Group préconise également l'utilisation de technologies de pavage froid pour que les routes reflètent davantage la lumière du soleil et durent plus longtemps en étant moins affectées par la chaleur excessive (Lawrence Berkley National Laboratory, 2008).

D'autres technologies de refroidissement passif ont été mises de l'avant, comme les surfaces réfléchissantes, le contrôle de la radiation solaire par la végétation et les arbres, des avant-toits et des stores; des tuyaux souterrains; des constructions massives thermiques; et la formation de circuits d'air pour la ventilation naturelle (Shimoda, 2003). L'Organisme européen de normalisation (OEN) a rédigé des normes de construction pour aider les pays membres à mettre en oeuvre la Directive du Parlement européen sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB). Les normes de conception aident à respecter les exigences de consommation d'énergie des bâtiments et elles prévoient les critères et valeurs de conception de l'environnement intérieur, y compris l'aspect thermal, la qualité de l'air intérieur des immeubles, la lumière et le bruit (Commission européenne, 2008). La documentation décrivant ce qui est convenu d'appeler la « conception intégrée du climat », y compris l'architecture vernaculaire tropicale, fournit des renseignements sur les principes de conception (p. ex., se servir d'une construction légère, la ventilation transversale et les lieux de séjour extérieurs ombragés) qui pourraient offrir un « potentiel d'adaptation spatiale » pour assurer le confort pendant les périodes de chaleur extrêmes et pour adapter les codes du bâtiment (Steemers, 2003; Anselm, 2006).

L'Allemagne se dote de façons novatrices d'adaptation dans sa ville la plus chaude, Fribourg, en mettant de l'avant un projet qui étudie le confort thermique des personnes en contexte urbain et de rédiger des projets de modules convenables pour l'urbanisme (Mayer, Holst, Dostal et al., 2008). Un des principaux objectifs est la création de lignes directrices d'urbanisme en Europe centrale, axées sur les défis des citadins (Mayer et al., 2008). La climatisation est de plus en plus utilisée comme mesure d'adaptation; cette réaction entraîne cependant un effet pervers : elle réduit le risque encouru par la population en situation d'épisode de chaleur, mais elle peut contribuer aux émissions de GES (si l'électricité est produite dans une centrale thermique); elle peut également empêcher l'acclimation. Dans le cadre d'un projet intitulé « Automatisation soutenue par simulation de la climatisation durable des immeubles pendant l'été », l'Allemagne cherche des procédures technologiques de gestion éconergétiques des systèmes de climatisation et de l'exploitation des immeubles (Cologne Institute for Economics Research, 2007).

Dans un récent rapport de l'Institut de Stockholm pour l'environnement, les auteurs préconisent des soins de santé et des soins sociaux intégrés et préventifs qui aident à améliorer la santé des personnes plus âgées, ce qui leur permet d'être plus robustes (Haq, Whitelegg, Kohler, 2008). Les mesures préconisées sont l'isolation du logis des personnes en âge de prendre leur retraite (p. ex., réhabilitation thermique afin de garantir l'efficacité énergétique), créer des systèmes locaux très accessibles qui n'ont pas besoin de véhicules ou qui n'entraînent pas de coûts élevés de transport, et une planification urbaine et rurale qui encourage la marche et le cyclisme (Haq et al., 2008).

6.4.4 Améliorer les réseaux sociaux et l'esprit communautaire

Le rapport de Stockholm insiste sur le rôle des réseaux sociaux et de l'esprit communautaire dans le maintien de la santé tout en minimisant l'isolement social; il recommande que les dirigeants améliorent « la cohésion sociale et la capacité collective » à l'aide du soutien d'un partenariat stratégique local (PSL) qui « rassemble les agences bénévoles et statutaires qui ont pour mandat clair de renforcer les collectivités locales, de participer au développement social et économique et de gérer les problèmes environnementaux, y compris le changement climatique. » (Haq, Whitelegg, Kohler) Un projet pilote de Portland, en Oregon, qui avait pour but d'améliorer l'environnement urbain pour réduire l'effet d'ICU, a également eu comme effet de bonifier le capital social dans la collectivité locale. Il a entraîné l'installation de toits verts, l'augmentation de la végétation, la plantation d'arbres dans les stationnements et dans les parcs abandonnés, en plus de créer un sentiment d'appartenance chez les participants (Ebi et Semenza, 2008).

6.5 Recommandations et manques dans la politique canadienne

6.5.1 Recommandations propres au Canada

Un centre d'échanges national au lieu d'un système national d'avertissement : « Un système national d'avertissement ou d'intervention ne convient probablement pas au Canada en raison de ses climats variés (même au sein de la zone de vague de chaleur) et de ses services de santé et services sociaux décentralisés et dont la prestation est de compétence provinciale. Au lieu d'adopter un système national, qui pourrait être efficace dans des pays oú il y a peu de variation climatologique et oú il y a une tradition administrative fortement centralisée (comme la France), le Canada pourrait profiter d'un centre d'échanges national doté de lignes directrices pour définir un épisode ou une vague de chaleur, établir des systèmes locaux d'avis de vague de chaleur et de veille sanitaire (HHWS), et des suggestions d'interventions potentielles en santé ainsi qu'une capacité d'évaluation en collaboration pour améliorer les systèmes locaux au fil du temps. Un processus d'intervention systématique en cas de vague de chaleur, avec des critères clairement définis qui permettent de mesurer différentes données, s'impose pour réduire l'inefficacité dans l'élaboration de systèmes et pour améliorer l'efficacité des systèmes d'avis d'épisodes de chaleur » (Bassil, Cole, Smoyer-Tomic et al., 2007).

Mesures particulières d'adaptation recommandées par Santé Canada : Voici certaines mesures d'adaptation pour gérer les risques pour la santé relatifs au changement climatique :

  • Registres des personnes vulnérables (p. ex., les aînés) qui ont besoin d'assistance;
  • Plans d'intervention en situation de température élevée et systèmes d'avertissement précoce;
  • Diffusion de renseignements sur les risques du stress lié à la chaleur pour la santé et actions à court terme pour protéger la santé pendant les épisodes de chaleur extrême;
  • Diffusion de renseignements sur les mesures à moyen terme visant à réduire la température dans les maisons et autour de celles-ci (p. ex., planter des buissons et des arbres);
  • De nouvelles lignes directrices qui rendent les immeubles plus résistants à la chaleur;
  • Les besoins de planification urbaine intelligente pour réduire les ICU;
  • Des établissements publics et des abris climatisés accessibles selon un horaire prolongé et des fontaines d'eau potable accessibles dans les lieux publics extérieurs;
  • Un urbanisme amélioré pour réduire l'effet d'îlot de chaleur urbain (p. ex., planter des arbres, augmenter le nombre d'espaces verts, augmenter l'ombre le long des rues et des stationnements, motif des subdivisions et forme, taille et orientation des pâtés de maisons);
  • Activités d'intervention (p. ex., une ligne téléphonique chaleur) pour transmettre des renseignements aux populations vulnérables;
  • Un « système de voisins vigilants » pour surveiller les voisins;
  • Que les ministères provinciaux de la Santé prévoient des projections de changement climatique dans leur planification (Séguin, 2008).

6.5.2 Recommandations internationales

Principales recommandations de la conférence EuroHEAT :

  • Établir des mécanismes polyvalents de collaboration entre les organismes et institutions, ainsi qu'un organisme de coordination des interventions.
  • Élaborer des systèmes d'avis de vague de chaleur et de veille sanitaire (HHWS) en collaboration avec les services météorologiques. Il n'y a pas de HHWS miracle : un système HHWS efficace doit viser les besoins locaux.
  • Mettre en oeuvre des mesures visant à réduire l'exposition, telles que : des mesures comportementales individuelles, des mesures d'hébergement à court, à moyen et à long terme et ainsi que de meilleures politiques d'urbanisme, de conception d'édifices, de transport et d'énergie à long terme.
  • Répertorier les groupes à risque élevé avant l'été et planifier et cibler les interventions en conséquence. Les organismes communautaires, les médecins et les prestataires de soins jouent un rôle important dans le recensement des personnes à risque, en conseillant les personnes à risque élevé de souffrir de maladies liées à la chaleur et en effectuant un suivi auprès des personnes présentant un risque particulier.
  • La prestation des soins de santé et des services sociaux, ainsi que l'infrastructure, devraient prévoir la planification de la main d'oeuvre estivale du domaine de la santé, la prestation de services de santé et la formation de prestataires de soins de santé et d'autres groupes d'intérêt. Les urgences des hôpitaux pourraient être avisées des vagues de chaleur pour mieux gérer une augmentation du nombre de patients.
  • Préparer les informations de santé relatives à la chaleur en prévision des épisodes de chaleur et prévoir des renseignements ciblant des groupes particuliers comme les institutions de soins de santé et les fournisseurs de soins.
  • Incorporer la surveillance de la santé en temps réel aux processus de planification; il est important de le faire afin de détecter les premiers effets d'une température élevée, afin de pouvoir modifier les interventions et d'informer la population des vagues ou systèmes anormaux de conséquences sur la santé.
  • Surveiller et évaluer la façon dont les plans d'action contre la chaleur ont fonctionné. Surveiller les conséquences sur la santé au fil du temps par rapport aux épisodes de chaleur constitue un autre élément important du plan (Commission européenne, 2007a) .

Recommandations du gouvernement britannique spécialement à l'endroit des personnes âgées : Comme souligne le rapport intitulé Growing Old in a Changing Climate: Meeting the challenges of an ageing population and climate change, il n'y a pour le moment aucune réponse politique explicite d'importance qui traite de l'interface entre le changement climatique et les personnes âgées qui sont particulièrement vulnérables aux épisodes de climat extrême. Si elles s'adressent directement aux décideurs britanniques, les recommandations de la politique du rapport sont importantes et comprennent ce qui suit :

  • Le leadership devrait être assuré par le gouvernement, qui devrait créer un groupe de travail sur les personnes âgées et sur les changements climatiques pour travailler avec les organismes de personnes âgées, les principaux intervenants, le secteur bénévole, les organismes gouvernementaux et le milieu universitaire. Le groupe devrait se doter d'un cadre politique rigoureux qui combine des approches intersectorielles pour relier les interventions sur le changement climatique et les politiques visant à améliorer la qualité de vie des personnes âgées.
  • La protection des demeures des personnes âgées contre le changement climatique dans le cadre d'un important programme d'investissement, qui doit être financé par le gouvernement national, afin que toutes les habitations d'Angleterre soient immunisées selon la norme la plus élevée possible d'efficacité énergétique. Un investissement devrait être fait dans le troisième secteur (donc les organismes bénévoles et communautaires, les organismes caritatifs, les entreprises sociales, les coopératives et les mutuelles) afin de travailler à la base des communautés pour recenser les propriétés et les personnes âgées qui pourraient bénéficier d'un tel programme.
  • Entreprendre un programme d'enrichissement de l'accessibilité locale et de changement de mode de transport en tenant compte des meilleures pratiques en matière de marche, de cyclisme, de transports publics et d'urbanisme tout en se servant des Strategic Health Authorities et des autorités locales qui jouent un rôle essentiel dans l'élaboration de mesures intégrées et préventives pour s'assurer que les personnes âgées peuvent profiter d'une vieillesse en santé et active.
  • D'ici 2015, les normes en matière d'efficacité, de fiabilité, de potentiel de correspondance et de sécurité du partage modal et du transport public devraient être égales aux meilleures pratiques de l'Union européenne. Le transport communautaire sera essentiel pour les personnes plus âgées qui sont incapables de se servir des transports publics. Les personnes âgées ont souffert de la tendance des centres commerciaux hors de la ville qui ne sont accessibles que par voiture, et du retrait de plusieurs services d'autobus dans l'ensemble du pays (Haq, Whitelegg, Kohler, 2008).

6.5.3 Options politiques à étudier

Les suggestions suivantes sont tirées de la documentation et sont classées comme des domaines potentiels de politique que le Projet de recherche sur les politiques pourrait envisager :

Renseignements sur les meilleures pratiques : Un centre d'échanges national et des outils décisionnels ainsi que des systèmes de surveillance : Comme on le mentionne en 6.5.1, le Canada pourrait profiter de la mise en oeuvre d'un centre d'échanges national doté de directives pour aider les collectivités locales à élaborer des plans d'intervention en situation de température élevée. Ces lignes directrices pourraient également comprendre des outils d'aide à la prise de décision et des systèmes de surveillance dérivés des lignes directrices employées dans les grandes municipalités canadiennes et européennes pour élaborer des interventions ciblées envers les populations vulnérables. Un recueil de ces techniques pourrait être colligé par le PRP et distribué aux municipalités.

Incitatifs pour un recours accru des technologies de refroidissement passif : Certaines villes, comme Toronto (Mersereau, 2007), ont mis en oeuvre des codes et des normes ainsi que des programmes novateurs qui comprennent des incitatifs pour augmenter la prise en charge des technologies de refroidissement passif, mais plusieurs administrations ne disposent pas de règlements et d'incitatifs pour faire la promotion du refroidissement passif.

Meilleures pratiques pour répondre aux besoins des populations vulnérables : Un guide complet et accessible des meilleures pratiques (p. ex., les registres, les salles de refroidissement dans les foyers) en matière de protection des populations vulnérables pendant les épisodes de chaleur pourrait être partagé entre les adminsitrations pour être étudié plus en profondeur. Tel que le souligne le rapport intitulé Growing Old in a Changing Climate: Meeting the challenges of an ageing population and climate change (Haq et al., 2008), il n'y a actuellement aucune réponse politique explicite d'importance qui traite de l'interface entre le changement climatique et les personnes âgées qui sont particulièrement vulnérables aux épisodes de température extrême. Le rapport recommande également de mettre sur pied un groupe de travail qui créera des politiques propres aux personnes âgées, en immunisant le foyer des personnes âgées et en créant des environnements bâtis favorables au bien-être des personnes âgées.

Mesures d'aide financière : Le ministère britannique s'occupant du travail et de la retraite (DWP) a demandé au bureau de la météo de vérifier les répercussions des changements climatiques sur ses politiques et sur son fonctionnement, et il étudie activement les effets du changement climatique sur les groupes vulnérables servis par le DWP (p. ex., les groupes à faible revenu, les enfants, les handicapés, les rentiers) (Haq et al., 2008). L'étude porte également sur la façon dont les épisodes de chaleur peuvent influencer la nécessité d'effectuer des paiements pour la climatisation par temps chaud (p. ex., des paiements pour aider les ménages les plus pauvres à assumer l'augmentation des frais d'électricité relative à l'utilisation accrue de la climatisation et des ventilateurs) et la façon dont le changement climatique peut influer sur les activités du DPW (p. ex., une baisse d'efficacité d'un bureau pendant un épisode de chaleur et une interruption possible des services en conséquence de l'incapacité des sociétés d'énergie de répondre aux pics de demande de climatisation). Le PRP pourrait étudier la faisabilité d'une telle étude au Canada.

Règles de SST : Le nombre de jours oú la température dépasse les 30°C et la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur devraient augmenter au fil du réchauffement. Même si la plupart des provinces prévoient des mesures pour protéger les ouvriers contre la chaleur extrême associée à certains emplois, comme le soudage ou la prospection minière, elles ne disposent pas toutes de mesures pour protéger les ouvriers pendant les vagues de chaleur extrême. Seules les provinces de Colombie-Britannique, de Saskatchewan, de Québec, du Nouveau-Brunswick et de l'Î.-P.-É. ont prévu des mesures dans leur réglementation en matière de SST pour protéger les ouvrier contre le stress associé à la chaleur d'après les valeurs-seuil de la American Conference of Governmental Industrial Hygienists (p. ex., l'indice de température du thermomètre humide) (Gouvernement de la Colombie-Britannique, 2009b; gouvernement du Nouveau-Brunswick, 1991; gouvernement du Québec, 2005; gouvernement de l'Île-du Prince-Édouard, 1987; gouvernement de la Saskatchewan, 1996). Les politiques de ces provinces peuvent servir de guide pour les provinces qui n'ont pas encore adopté de telles mesures.

Protection des populations vulnérables : Les enfants et les aînés présentent un risque physique plus élevé en situation d'épisode de chaleur que les autres groupes d'âge, surtout ceux qui vivent dans un foyer à faible revenu (Berry, McBean et Séguin, 2008). Le PRP pourrait entreprendre une étude pour savoir quel genre d'initiative politique pourrait atténuer les risques que rencontrent généralement les familles à faible revenu, en insistant particulièrement sur les aînés et les familles avec de jeunes enfants. Les politiques pourraient comprendre, par exemple, la diffusion d'informations à l'intention de ces groupes, et des lignes directrices et des règlements pour les établissements de garde d'enfant et de soins de longue durée en ce qui a trait aux exigences en matière de refroidissement lors des épisodes de chaleur.  

Une meilleure implication des corps professionnels : les décideurs devraient aussi explorer la possibilité de mieux impliquer les corps professionnels tels que les urbanistes, ingénieurs et enseignants afin de trouver de nouvelles façons de faire face aux défis sociaux engendrés par les changements climatiques.


1 Le projet Assessment and prevention of acute health effects of weather conditions in Europe (PHEWE), une collaboration européenne triennale entre les épidémiologistes, les météorologues et les experts de la santé publique, a étudié la relation entre la température et la mortalité dans seize villes d'Europe, ce qui représente une vaste gamme de caractéristiques climatiques, socio-démographiques et culturelles. L'emploi d'une méthodologie normalisée permet de faire une comparaison directe entre les villes (Michelozzi et al., 2007).

2EuroHEAT est un projet coordonné par le programme sur le changement climatique et la santé du bureau régional de l'OMS en Europe, projet qui quantifiait les effets sanitaires de la chaleur dans les villes d'Europe et qui déterminait les moyens d'améliorer la préparation et l'intervention des systèmes de santé pour protéger la santé lors des vagues de chaleur. Ses activités ont contribué à la mise en oeuvre de la Déclaration de la Quatrième Conférence ministérielle sur l'environnement et la santé et du Plan d'action en matière d'environnement et de santé de l'Union européenne.

2017-09-29