Section Un : Menaces et occasions découlant du changement climatique

Notre climat change et les effets se font déjà sentir dans tout le Canada. Cette section présente un bref aperçu des effets actuels et prévus du changement climatique qui menacent le bien-être des Canadiens et un synopsis des menaces et des occasions qui découlent du changement climatique. Pour les fins de ce rapport, nous avons regroupé ces effets sous sept catégories ayant une pertinence pour la politique sociale :

  1. gravité et fréquence accrue des événements de chaleur;
  2. tempêtes fortes, incluant les vents, la pluie, la glace ou les chutes de neige extrêmes;
  3. les feux de forêts;
  4. la pénurie d'eau et la sécheresse;
  5. les changements dans la cryosphère – fonte du pergélisol, glace de mer, glace lacustre et neige;
  6. modification des territoires et des écosystèmes, incluant la maladie, les ravageurs et la migration des espèces envahissantes;
  7. la hausse du niveau des mers, les ondes de tempête, l'érosion des côtes et des rivages.

Le 4e Rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, publié en 2007, présentait une analyse en profondeur du changement climatique fondée sur l'évaluation faite par les chefs de files mondiaux de la science climatique. Le groupe de travail I, dont l'analyse portait sur les preuves scientifiques physiques, rapporte que la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère a augmenté à 379 parties par million (ppm) en 2005, une valeur jamais enregistrée auparavant (GIEC, 2007). En 2008, cette valeur avait atteint 385 ppm.

Les projections actuelles, résumées dans le 3e Rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), laissent entendre que la température moyenne de la Terre pourrait augmenter de 1,4°C-5,8°C entre 1990 et 2100 (Foland, Karl, Christy et al., 2001). En raison de sa latitude élevée et de sa grande masse terrestre, le Canada devrait connaître un taux de réchauffement supérieur à celui de plusieurs autres régions du globe – selon certaines estimations, jusqu'au double de la moyenne mondiale (Lemmen et Warren, 2004).

La réduction des émissions de GES, bien que cruciale pour diminuer la possibilité que la planète ne devienne complètement inhabitable, ne changera pas grand-chose à plusieurs des changements climatiques déjà mis en branle par les concentrations actuelles de CO2, qui continueront d'augmenter même si nous diminuons notre consommation de combustibles fossiles (GIEC, 2007).

Au Canada, le réchauffement le plus important se fera sentir dans l'Arctique. Une estimation selon un scénario intermédiaire montre la possibilité d'un réchauffement mondial moyen de 2,8°C d'ici 2090-2099. Le réchauffement hivernal projeté se situe à 7°C ou plus dans le Haut Arctique, 3°C -4°C en Ontario et dans le sud du Québec et environ 2,5°C le long des côtes de la Colombie-Britannique (C.-B.). En été, le réchauffement le plus marqué est attendu dans la partie sud de l'intérieur de la C.-B. et le sud-ouest des Prairies, avec une hausse pouvant aller jusqu'à 4°C. Un réchauffement estival se situant entre 2,5°C et 3,5°C est attendu pour la plupart du reste du Canada, à l'exception de la côte de l'Arctique (1°C). Cette tendance s'inscrit dans la continuité du réchauffement observé, résumé dans l'Évaluation nationale du Canada (Warren et Egginton, 2008).

Les effets actuels et projetés du changement climatique comprennent les sécheresses, des problèmes de qualité et d'approvisionnement des eaux de surface et souterraines, l'augmentation du territoire des maladies vectorielles, des vagues de chaleur plus fréquentes avec un degré élevé d'inconfort dans les zones urbaines, et l'aggravation des ondes de tempêtes océaniques. Les collectivités de ressources seront vulnérables aux difficultés économiques et autres causées par le déplacement des écosystèmes tandis que l'aggravation des conditions météorologiques exceptionnelles comme les précipitations intenses causées par des changements dans le régime hydrologique, les vents forts et les tempêtes de verglas constituent la plus forte source d'inquiétude pour les structures sociales et les collectivités du Canada (Lemmen et Warren, 2004; Berry et Séguin, 2008). Les séquences de fortes précipitations sont susceptibles de devenir plus fréquentes, avec de plus fortes variations d'intensité (Walther, Post, Convey et al., 2001), tandis que les variations saisonnières devraient devenir plus importantes que l'évolution des totaux annuels en termes de répercussions sur l'activité humaine et les écosystèmes (Lemmen et Warren, 2004).

La hausse de fréquence des conditions climatologiques extrêmes, comme les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations et les tempêtes, reste l'une des principales préoccupations. On prévoit également que la hausse des températures fera augmenter les dommages causés par des perturbations comme les incendies de forêt et les ravageurs et fera augmenter les taux de mortalité et de morbidité associés à la chaleur (Lemmen et Warren, 2004). Dans le Nord, les changements dans la couverture glacielle, la stabilité du pergélisol et la distribution de la faune nuisent déjà au mode de vie traditionnel (Berkes et Jolly, 2001). Dans d'autres régions du Canada, les changements dans l'écoulement des eaux, les populations de poisson, la distribution des arbres, les incendies de forêt, les sécheresses et les ravageurs agricoles et forestiers ont tous été associés au réchauffement récent (Lemmen et Warren, 2004). Au cours de la dernière décennie, les pertes subies à la suite de la tempête de verglas de 1998, les inondations au Manitoba et au Québec, les sécheresses et les incendies de forêt dans l'Ouest du Canada, les ondes de tempêtes dans l'Atlantique et de nombreux autres événements ont clairement montré notre vulnérabilité aux manifestations météorologiques extrêmes (Lemmen et Warren, 2004). Les profonds changements en cours ou qui surviendront dans la foulée des effets actuels ou prévus du changement climatique menacent le bien-être de tous les Canadiens et continueront de le faire.

La principale réponse au changement climatique jusqu'ici a pris la forme de mesures d'atténuation par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Sans doute cruciale pour diminuer la probabilité que la planète ne devienne inhabitable, cette réponse reste cependant largement insuffisante; les dommages causés par les émissions actuelles et futures se produisent déjà et se poursuivront. La concentration de CO2 dans l'atmosphère est suffisamment élevée pour faire en sorte que notre climat continuera de changer quel que soit le succès des mesures de réduction des émissions et de ralentissement de la consommation de combustible fossile (GIEC, 2007). Par conséquent, notre réaction au changement climatique doit inclure l'adaptation ou des ajustements faits pour composer avec le changement climatique ou en tirer parti. La distinction entre l'atténuation et l'adaptation est particulièrement importante dans le domaine de la politique sociale; bien que l'atténuation soit vitale pour réduire l'ampleur du changement climatique futur, l'adaptation est essentielle pour diminuer la vulnérabilité des systèmes humains en regard des effets actuels et attendus du changement climatique.

La poursuite du changement climatique selon les projections des modèles climatiques actuels touchera tous les secteurs du pays et presque tous les secteurs de l'économie canadienne. Les recherches récentes montrent qu'aucun secteur ne sera épargné, qu'il soit touché directement par les changements dans les conditions climatiques ou par les mesures d'atténuation prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (Organisation internationale du travail, 2008). Les secteurs primaires, comme l'agriculture, la foresterie et la pêche, pourraient être les plus durement touchés, tandis que les changements dans les destinations de vacances auront une incidence positive ou négative sur l'industrie touristique, selon les régions (Organisation internationale du travail, 2008).

Outre les risques, le changement climatique peut aussi offrir des avantages, comme la prolongation de la saison de récolte et des températures plus douces en hiver. Bien qu'il soit prudent – et nécessaire – de reconnaître la vulnérabilité du Canada au changement climatique, nous devons aussi reconnaître les occasions qui pourraient en découler pour le Canada. Il est possible de mettre en place une planification de l'adaptation et des mécanismes d'atténuation  qui permettront de stimuler l'économie canadienne en prenant avantage de l'émergence de marchés pour les nouvelles technologies et les nouvelles sources d'énergie tout en tirant partie des vastes ressources du capital naturel du Canada.

Par ailleurs, l'expansion des activités non agricoles et non extractives dans les secteurs de la foresterie et de l'agriculture pourraient conduire à de nouvelles technologies et à une croissance de l'emploi. Selon les intrants, les conditions découlant du changement climatique pourraient avoir une incidence positive dans le secteur agricole; les conditions de cultures pourraient s'améliorer dans certaines régions ou pour certaines cultures. Cependant, la capacité d'étendre l'agriculture sera limitée par la qualité des sols et la disponibilité de l'eau (Organisation internationale du travail, 2008). Les investissements dans l'adaptation pourraient conduire à des possibilités d'emploi et de revenu par le développement des défenses côtières, le renforcement des bâtiments et des infrastructures et de la gestion de l'eau; de plus, la création d'emplois verts pourrait permettre d'atténuer les pertes d'emplois associées à la transition vers des sources d'énergie plus propres (Organisation internationale du travail, 2008). L'emploi pourrait également augmenter dans le secteur de la santé en raison de la hausse des besoins résultant du risque de maladie plus élevé et de la gestion des situations d'urgence (Organisation internationale du travail, 2008).

2017-09-29